Issu d'une famille d'artistes, ma première pensée va à mon père, Luc De Decker, artiste peintre-portraitiste de grand talent, qui se méfiait d'autant plus des hommes politiques qu'il en avait fréquenté beaucoup dans son atelier de Schaerbeek, où ils venaient poser pour qu'il reproduise leurs traits.
Il m'a à son insu - mais était-ce à son insu ? - inoculé le virus politique. Peut-être même, m'a-t-il légué le chromosome particulier indispensable à la poursuite souvent très ardue d'une carrière de ce type. Il était la bonté même, mais cachait sous une apparente naïveté une lucidité étonnante sur les choses de la vie et la nature humaine.
Il nous inculqua, à mon frère et à moi, un amour profond de la Belgique et surtout de sa diversité culturelle qu'il considérait comme une inestimable richesse et qu'il avait choisi de vivre jusque dans son couple et donc dans son noyau familial.
Il m'apprit très vite à discerner l'essentiel de l'accessoire, à respecter les opinions de chacun, à assumer mes responsabilités et à être vigilant quant à celles des autres.
Membre de la Commission des Monuments et Sites, il menait des combats, qui me semblaient sans fin, pour sauver tel ou tel bâtiment. Il nous fit visiter la Maison du peuple de Victor Horta et les magnifiques jardins du Mont des Arts, avant que les bulldozers des irresponsables qui nous gouvernaient ne les détruisent.
Pendant ce temps, ma mère tempérait les passions de la maisonnée en jouant du Chopin sur le piano du salon. De sorte que la passion et l'harmonie cohabitaient dans cette grande maison de ville et dans l'atelier qui la prolongeait en lieu et place du jardin.
A moi maintenant, d'être digne de la confiance qui m'a été témoignée et de la mémoire de mon père, ainsi que celle de Robert Henrion qui fut, à l'université et au Parlement, mon maître et mon modèle…