20 octobre 10Inauguration du portrait d'Armand De Decker - Discours Questure du Sénat

Questure

 

 

 

Discours de Mme Olga Zrihen, Questeur du Sénat,

à l’occasion de l’inauguration du portrait de

M. Armand De Decker, ancien président du Sénat,

le mercredi 20 octobre 2010

 

 

 

 

Monsieur le Président,

Chers collègues,

Mesdames, Messieurs,

 

Il est de tradition dans cette maison que lorsque le président de notre assemblée termine son mandat, il ou elle ne disparaît pas simplement dans les ténèbres de l’histoire parlementaire. En effet, à côté de ses mérites politiques dont témoignent entre autres les archives parlementaires, chacun des anciens présidents est honoré d’un portrait peint qui complète la galerie des portraits des présidents du Sénat.

 

Cette collection de portraits, qui est la plus grande du genre dans le pays, trouve ses origines en 1850, lorsque Charles Rogier, le ministre de l’Intérieur de l’époque, décida de faire réaliser le portrait de tous les présidents du Sénat depuis 1831. En ce temps c’était le ministre qui choisissait et payait l’artiste, ce qui a engendré des incidents. Le plus sérieux d’entre eux fut provoqué par l’une des premières commandes, un portrait du baron de Stassart, le premier président du Sénat. Le baron, n’étant pas du tout content du portrait (il lui donnait un aspect d’ivrogne, lui qui ne buvait que de l’eau), a ensuite demandé à un autre artiste de refaire son portrait, à ses propres frais. Depuis cette mésaventure, c’est le sujet portraituré qui choisit l’artiste, en accord avec les questeurs.

 

L’artiste choisi par Armand De Decker pour réaliser son portrait est Anthony Palliser.

 

Anthony Palliser est un artiste anglais, né en 1949 à Bruxelles, d'une mère belge et d'un père anglais. De par sa mère, il est issu d’une famille belge dont l’histoire est inscrite dans notre pays.

 

Le trisaïeul de l’artiste est le Ministre d’Etat Paul Janson. Celui-ci avait deux enfants : Paul-Emille Janson, lui-même Ministre, et sa sœur, Marie Janson, la première Sénatrice belge et par ailleurs mère de Paul-Henri Spaak, premier Président de l’Assemblée des Nations Unies, un des pères fondateurs de l’Union européenne. Et sa tante n’est ni plus ni moins qu’Antoinette Spaak, première femme belge à diriger un parti politique.

 

Anthony Palliser commence ses études en Angleterre. A 19 ans, il passe un an à l'Académie des beaux-arts de Rome, après quoi il revient en Angleterre pour achever son éducation à l’Université d’Oxford.

 

Dès 1970, après ses études, il s’installe à Paris et se consacre à la peinture. Depuis son mariage avec Diane Lawyer, qui est américaine et originaire de Savannah dans l’État de Géorgie, le couple partage son temps entre Paris, côté Rive Gauche, et Savannah.

 

A Savannah et selon l’artiste, tout y est incroyablement plat et immense. En tant que peintre, il est souvent touché par la beauté d’une composition de lignes horizontales, si typiques de ces paysages, juste entrecoupée par les lignes verticales des jetées et des diverses constructions sur le fleuve. Les tableaux qui en résultent sont fascinants.

 

Mais Anthony Palliser ne se contente pas de peindre des paysages. Il réalise une affiche célèbre pour un bar à vins parisien. En 2001, il réalise pour le Théâtre de Chaillot à Paris une immense toile de décor et des portraits. Celui de Lambert Wilson et de Kristin Scott-Thomas.

 

D'après le célèbre écrivain américain Frederic Tuten, qui est entre autres critique d'art pour le New York Times et Vogue, les peintures de M. Palliser tendent vers un romantisme sensuel, que l’on retrouve peu dans la peinture contemporaine. Il a conservé une espèce de foi esthétique dont les principes supposent une croyance dans la matérialité des mystères car un seul coup d’œil sur le tableau que l’on inaugure aujourd’hui suffit pour se rendre compte que nous nous trouvons en face à l’œuvre d’un portraitiste hors du commun. L'artiste se dit littéralement fasciné par la diversité et la complexité des visages humains et c'est peut-être dans le portrait que le talent et la créativité d'Anthony Palliser atteignent leur paroxysme.

 

On ne peut donc que se féliciter du choix artistique d’Armand De Decker car réaliser un portrait pour notre galerie de portraits de présidents du Sénat n'est pas chose aisée.

 

D'une part, il y a le côté documentaire qu'on ne peut négliger. En effet, la personne représentée doit être aisément reconnaissable. D'autre part, le portrait doit idéalement présenter une plus-value par rapport à la simple photo. Force est de constater que Anthony Pallisser a brillamment réussi le portrait d’Armand de Decker, à la fois homme du monde et citoyen du monde

Nous connaissons tous Armand comme un Européen convaincu et un Belge jusqu'au bout des ongles. Ces convictions habilement suggérées par la présence des deux drapeaux respectifs. Que ce soit la pose du sujet, qui transmet avec subtilité le flegme et la prestance si caractéristique. Le visage, comme façonné dans de l'argile, exprime humanisme et l’intarissable intérêt pour les autres et sa chaleur humaine légendaire.

 

D'après l'artiste, les éléments qui différencient un portrait d’un excellent portrait sont entièrement peints de mémoire. Anthony Palliser arrive à saisir ce qui l’y a de plus individuel chez le sujet qu’il peint, pour mettre en évidence ce qu’il y a de plus universel en chacun de nous. A travers le visage, il explore l'universalité de la condition humaine, car selon lui, l'art doit être le témoignage de la condition humaine.

 

Outre les personnages anonymes reflétant les divers caractères d'une «comédie humaine», il a réalisé par exemple le portrait de Graham Greene, exposé à la National Portrait Gallery de Londres; ou encore ceux de l'actrice Charlotte Rampling, le chef Pierre Gagnaire, le couturier Kenzo, le mannequin Inès de la Fressange, le philosophe Jean Baudrillard, pour ne citer qu'eux. Il termine en ce moment les portraits du metteur en scène John Boorman et de Seamus Heaney, prix Nobel de littérature. En somme, Anthony Palliser a contribué à redonner ses lettres de noblesse à une discipline qui parait parfois désuète.

 

 

Le Collège des Questeurs est très honoré d’accueillir le portrait peint par cet artiste hors du commun et qui vient enrichir la collection des portraits des présidents du Sénat.

________