08 mai 1065ème Anniversaire de la Victoire du 8 mai

8 mai 2010

 

Allocution de bienvenue de Monsieur Armand De Decker Président du Sénat

 

Commémoration de la fin de la seconde guerre mondiale

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Monseigneur,

Chers Collègues,

Mesdames et Messieurs,

 

 

Le 8 mai 1945 marque la fin des hostilités en Europe, la fin du plus terrible conflit de l’histoire. Le nombre de victimes se compte par dizaines de millions. Notre continent est dévasté, nos économies sont en ruine. La libération des camps révèle à la face du monde incrédule l’horreur qu’aucun mot ne pourra jamais qualifier. Bastogne, Merksem, Breendonk, Rotterdam, Varsovie, Oradour sont autant de noms qui portent en eux le souvenir des atrocités et des massacres qui y furent commis. Autant de villes et de villages détruits, martyrisés, et finalement libérés, mais à quel prix !

 

Nous célébrons cette année le soixante-cinquième anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale et de la victoire contre le joug nazi. Cette commémoration est l’occasion de se souvenir avec reconnaissance du courage de tous ceux qui, chez nous, se sont battus contre la dictature et la barbarie.

 

 

L’occasion en particulier de rendre un vibrant hommage à tous ceux qui sont présents parmi nous aujourd’hui et qui ont participé à la libération de notre pays. La liberté et la paix n’ont été acquises qu’au prix de sacrifices immenses. Nous l’oublions trop souvent.

 

Nos pensées vont en particulier à tous ceux qui sont tombés, souvent dans la fleur de l’âge, alors qu’ils s’étaient engagés dans la défense de la Nation. Comme l’observe avec justesse Raymond Aron: « il est une victoire des vaincus qu’aucun épisode de l’histoire ne saurait effacer. Le sacrifice des justes, le refus de la soumission, le consentement à la mort proclament une vérité dont la force silencieuse l’emporte à la longue sur la violence des armes et la gloire équivoque des conquérants. » En nous souvenant de ceux qui ont donné leur vie pour que les générations futures vivent dans un pays libre, prospère et paisible, nous attestons aujourd’hui que leur combat n’a pas été vain, que leur sacrifice avait un sens. Ceci doit être rappelé avec force, alors que notre pays connaît des turbulences politiques et que beaucoup de citoyens s’interrogent avec inquiétude sur son avenir.

 

Je voudrais partager avec vous un épisode émouvant de la seconde guerre mondiale.

 

Dès octobre 1939, au cœur du ghetto de Varsovie, des hommes s’attachent à consigner par écrit tous les événements qui s’y produisent. À la veille de l’insurrection en avril 1943, conscients qu’ils disparaîtraient bientôt, ils enfouissent leurs chroniques dans le sol à deux endroits différents. Les bourreaux nazis voulaient annihiler leurs victimes sans laisser aucune trace. Ils voulaient les supprimer physiquement, mais aussi effacer leur mémoire. Comme s’ils n’avaient jamais existé.

 

Les chroniques du ghetto de Varsovie rétablissent avec une simplicité bouleversante le destin de ceux qui disparurent dans l’insurrection. Ils constituent une victoire contre l’anéantissement total. Todorov a pu ainsi écrire « La vie a perdu contre la mort, mais la mémoire gagne dans son combat contre le néant. »

 

Lorsque nous nous souvenons des victimes du nazisme, nous les rétablissons dans leur dignité humaine. C’est pourquoi le devoir de mémoire n’est pas un gadget politique, mais bien un combat contre la déshumanisation. Lors de son procès à Nuremberg, Himmler déclarait à propos de la solution finale : « C’est une page glorieuse de notre histoire, qui n’a jamais été écrite et ne le sera jamais. » Ces propos illustrent la volonté des négationnistes d’entretenir coûte que coûte la non-écriture de cette page terrible de l’histoire de l’humanité. N’est-il pas de notre devoir de lutter contre l’oubli qui menace de recouvrir une deuxième fois ceux que la terre a ensevelis ?

 

Mon dernier mot s’adresse aux jeunes qui sont présents aujourd’hui parmi nous.

 

Deux générations seulement vous séparent de la seconde guerre mondiale et, pourtant, pour vous, ces événements tragiques appartiennent déjà à l’histoire ancienne. Il est important que vous sachiez que la démocratie est un bien précieux et qu’elle n’est jamais définitivement acquise. Il est important que les aînés vous transmettent la flamme du souvenir. Les jeunes qui ont donné leur vie pour libérer le pays avaient votre âge.

 

 

Devons-nous pour autant rester prisonniers du passé ? Non. Le passé doit se mettre au service du présent, comme la mémoire doit se mettre au service de la justice. Pour citer l’historien Le Goff, « faisons en sorte que la mémoire collective serve à la libération et non à l’asservissement des hommes. »

 

L’an dernier, la fête de l’Armistice fut marquée par une image, celle d’une cérémonie inédite : la chancelière allemande et le président français, ensemble à l’Arc de Triomphe ! Le président français avait en effet souhaité faire du 11 novembre une journée de réconciliation entre les deux nations, jadis ennemies. « L’amitié de l’Allemagne et de la France est un trésor », affirma-t-il, « Nous devons à nos parents qui ont tant souffert de tout faire pour préserver et faire fructifier ce trésor. »

 

Un quart de siècle plus tôt, François Mitterrand et Helmut Kohl s’étaient recueillis, main dans la main, devant l’ossuaire de Douaumont, bâti en hommage aux morts de la bataille de Verdun. Leur image est encore dans toutes les mémoires, comme leur déclaration : « Nous nous sommes réconciliés, nous nous sommes compris, nous sommes devenus amis ».

 

Depuis soixante-cinq ans, l’Europe se construit par la réconciliation entre les peuples, et cette réconciliation n’est possible que par un travail commun de mémoire, à l’instar des efforts des Polonais et des Russes, à propos de la reconnaissance du massacre de Katyn. Le bon usage de la mémoire est celui qui permet d’ « enlever à la haine son caractère éternel », pour reprendre les mots de Plutarque. Le bon usage de la mémoire n’est﷓il pas en effet celui qui sert une juste cause ?

 

Je vous invite maintenant à écouter quelques témoignages de cette si douloureuse période de l'histoire.

 

Tout d'abord, celui de M. André Charlier, qui a participé à la campagne de 1940 et à la libération de notre pays en 1944.

Ensuite nous écouterons le Baron Paul Halter, Président de la Fondation Auschwitz, résistant et rescapé d'Auschwitz.

 

De heer Pieter Paul Baeten, Voorzitter van de Groep Herinnering, weerstander die in meerdere kampen gevangen zat.

Ten slotte neemt Ridder Nathan Ramet het woord, als voorzitter van het Joods Museum van Deportatie en Verzet.

 

Après ces témoignages, nous aurons le plaisir d’assister à la remise des prix du concours « Un monde sans murs: une utopie ? ». Mme Lydia Chagoll, présidente du jury, proclamera les noms des lauréats.

 

Je vous remercie pour votre attention.

 

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